Au programme aujourd’hui : petit topo mi-scientifique mi-aventurier de notre première semaine de voyage. Pour faire simple, on va continuer à faire ça par ordre chronologique.

Le jour du départ, il nous arrive quelques pépins qui font que nous achetons des portes bagages en dernière minute et dont la limite de poids maximal est 9kg (information importante pour plus tard). Nous pédalons avec aisance les 50km qui séparent notre logement de Gujan-Mestras et on fait étape au camping avec les parents de Zoé. Une pause s’impose, on s’arrête l’entièreté du deuxième jour pour chiller et manger des crevettes, pas très sérieux ce voyage.  

Troisième jour, une grosse étape de 95 bornes mais (pas) entraînés comme nous sommes, ce ne devrait pas être un problème. Malheureusement, dès le 45e km, le mental flanche, ça va être chaud. Un énorme repas constitué de quiches et pizzas nous requinque et nous permet de repartir à allure réduite, mais de repartir quand même. 

Quatrième jour, au programme, on ne pédale pas aujourd’hui, mais on rencontre deux intervenants ! La partie scientifique approche, ne quittez pas.  

Le premier intervenant est un agriculteur qui cultive petits pois, haricots verts et maïs doux. Pour le rejoindre, nous commençons par nous embourber dans un chemin de sable, ça promet, et galérons face au vent sur un léger faux plat.  

Enfin arrivés, nous discutons avec Olivier Beilleau, qui nous présente le fonctionnement de ses parcelles et vous l’aurez deviné, on l’interroge sur les méthodes qu’il met en place pour s’adapter. 

Plusieurs choses à savoir : le sol landais sur lequel se trouvent les parcelles est extrêmement sableux (flashback douloureux à notre embourbement) et un aquifère (=réservoir d’eau) souterrain appelé nappe du plio quaternaire Aquitain se trouve juste en dessous. Un sol qui héberge donc peu de vie (avez-vous déjà vu des vers de terre dans le sable ?) et qui est assez pauvre, mais qu’il est facile d’irriguer. Autre info : les premières parcelles qu’on est allés voir, et celles dont on parlera majoritairement sont entourées de pins

 

Aussi, Olivier a une pratique agricole biologique, n’utilisant pas d’engrais chimiques, il laboure son sol. Théoriquement, cette pratique dégrade la qualité des sols, mais comme le sol sableux d’Olivier n’est pas attractif pour la biodiversité, le labour a un impact bien moindre chez lui. 

Récap :  

  • Sol sableux et labouré  
  • Aquifère souterrain accessible  
  • Parcelle entourée de pins 

A la base, on était allés voir Olivier pour qu’il nous parle d’agroforesterie (plantation d’arbre le long des parcelles dans le but de couper les cultures du vent et de favoriser l’absorption d’eau dans le sol). Cette solution permet donc de s’adapter aux sécheresses et inondations, ainsi qu’aux évènements météo extrêmes comme les tempêtes. Si vous avez bien suivi, vous comprenez que :  

  • Les cultures sont déjà protégées du vent par la pinède entourant les parcelles  
  • Le sol sableux est compliqué à gérer, et retient mal l’eau : elle s’écoulera dans l’aquifère dans tous les cas

En gros, cette solution d’adaptation ne portait pas forcément les fruits attendus (nous préférons être trop clairs plutôt que pas assez : cette solution ne fonctionne pas dans ce cas précis mais peut fonctionner à bien d’autres endroits). Aussi, les bénéfices de l’agroforesterie tels que l’absorption du CO2 par les arbres et la biodiversité qu’ils hébergent étaient tout de même présents.  

Plein de ressources et extraordinairement intéressant, Olivier a rapidement embrayé sur des solutions d’adaptation qui fonctionnent bien chez lui aujourd’hui.  

Parmi ces solutions, l’avancée de la date de semis. Comment ça fonctionne ? Comme il fait de plus en plus chaud de plus en plus tôt dans l’année, les conditions de développement des semis sont propices de plus en plus tôt. On pourrait considérer que la temporalité pendant laquelle on peut planter serait alors élargie sauf qu’à cause des canicules et sécheresses estivales, les cultures meurent en été. En avançant la date des semis, on garde un développement qualitatif des cultures, mais on s’évite des grosses pertes avant la récolte Attention tout de même, ça ne fonctionne pas pour toutes les cultures puisqu’on s’expose aux fortes pluies hivernales.

Autre solution : l’augmentation et l’optimisation des moyens d’irrigation. En effet, comme on l’a dit précédemment, malgré tous les moyens mis en œuvre, le sol sableux ne pourra pas retenir l’eau, il la filtrera avant de la rendre aux aquifères souterrains. Donc il est très important de pouvoir arroser les cultures régulièrement lors de périodes de sécheresse et canicules, qui sont fréquentes dans les Landes. En utilisant sondes et stations météo, il peut donc distribuer l’eau là où elle est plus nécessaire.  

De nombreuses autres choses ont été évoquées mais on les garde pour plus tard.

  

Après cette rencontre fort intéressante, nous sommes en retard pour notre seconde intervenante Marie Billère. Marie travaille à la communauté de communes de Mimizan sur la gestion du littoral et des risques côtiers. 

Vous avez peut-être déjà entendu parler des soucis d’érosion du trait de côte (notamment, si on a été bons, grâce à nos communications) présents sur la côte Atlantique. Ce problème là n’est en fait pas présent à la même échelle sur l’entièreté de la côte : en effet, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Si on grossit le trait, le sable érodé des dunes de Biscarrosse et Lacanau se retrouve en fait au sud, à Mimizan, Contis, Saint Girons et autres, pris dans les courants océaniques, notamment de la dérive littorale Nord-Sud.

Les problèmes d’adaptation à Mimizan, comme nous l’a expliqué Marie, sont donc un ensablement des rues et habitations. Elle nous a notamment présenté des solutions de reprofilage de dunes et de mise en place de filets de retenue de sable. Le fonctionnement de ces filets et du reprofilage a pour objectif de former des pentes douces et une dune épaisse et plate plutôt qu’une d’une raide et écorchable par le vent. En limitant les effets des tempêtes sur le sable, on réduit la propagation du sable dans la ville tout en conservant le sable sur place. En le conservant, on se prépare ainsi à une future érosion. Une fois la dune stabilisée, la végétation peut mieux s’y développer puisque moins attaquée par le vent et peut continuer de fixer la dune. 

La tête bourrée d’informations moins bien retranscrites ici qu’énoncées directement par nos interlocuteurs, nous décidons idiotement de pédaler encore un coup pour aller au camping de Contis.  

Fatigués de la journée précédente, de nos rencontres et de la pluie qui s’abat sur nous dès le premier coup de pédale, nous commettons plusieurs erreurs. La première, nous supposons que la pluie va s’arrêter bientôt (spoiler ça n’a pas du tout été le cas, nous sommes mouillés). La deuxième est liée au poids maximal supporté par le porte bagage. 9kg c’est peu, le litre de bière que nous rajoutons intelligemment dans nos sacoches lui permet de lâcher prise, cassant au passage la bouteille dans nos affaires. La dernière, la flemme nous empêche de mettre nos cyclistes, nous sommes irrités. 

C’est top, en espérant que les prochaines journées se passent mieux.  

Cinquième jour, très peu de choses à raconter puisque tout se passe bien. Flo filme un plan au drone, il est joli. On va au camping, on nous surclasse et nous prête une cabane à la place. On rencontre un anglais qui est une grande pépite avec qui on partage une bière.  

Sixième jour, on pédale avec un intervenant c’est extraordinaire. Frank d’Amico nous fait visiter la côte basque de Bayonne à Anglet en s’arrêtant par les meilleurs cafés et accepte de discuter avec nous d’adaptation et de biodiversité.  

Spécialiste de biodiversité de cours d’eau montagnards et investi dans la médiation scientifique, Frank est génial, il est souriant, de bonne humeur et parle d’adaptation et d’espoir. Plus en détail, il nous présente son projet « un précipice immense » dans lequel lui et des personnes de différentes disciplines mélangent arts et sciences pour faire comprendre le changement climatique par l’émotion.  

Nous voici désormais au septième jour, qui conclut cette épopée vélodyssesque où nous avons relié Bordeaux à Hendaye. À 35km de la fin, nous nous considérons déjà arrivés.

C’est sans compter sur une côte monstrueuse composée de graviers et vieux bouts de routes à environ 50 degrés de pente. Nous utilisons toutes nos forces restantes pour en venir à bout sans poser le pied à terre, ce qui relève du miracle.  

Morts mais arrivés, nous terminons cette belle étape.